[VIDÉO] Projet de recherche AmbiDYS : le numérique comme soutien à la lecture pour les publics « Dys »

Partager sur
Recherche

La lecture, c’est un accès à la culture et à la connaissance dont les enfants dyslexiques peuvent se sentir privés, ou tout du moins freinés. Et si le numérique, formidable levier d’égalité, pouvait venir soutenir le handicap et redonner à tous le plaisir de lire ? C’est l’ambition du projet de recherche AmbiDYS, soutenu par le programme Ouest Industries Créatives et réalisé en partenariat avec la startup MOBIDYS.

AmbiDYS est un projet de recherche et une application pour tablettes tactiles en phase de développement, qui détecte les ambiguïtés du texte sur lesquelles l’enfant peut buter, par exemple, un pronom (il ou elle) dont on ne sait pas à quoi il réfère dans l’histoire.

 

Le projet met en synergie des recherches en informatique (Laboratoire des Sciences du Numérique de Nantes) sur le traitement du langage et les détections des ambiguïtés du texte et des recherches en design (READi design lab, l’École de design Nantes Atlantique) pour la création et l’évaluation de l’interface.

 

 

Recherches en traitement automatique du langage

Le livre électronique AmbiDYS doit pouvoir intégrer des méthodes équivalentes à celles des orthophonistes. Il est basé sur des technologies d’intelligence artificielle, pour aider les dyslexiques dans leur lecture.

 

Au sein du LS2N, c’est l’équipe TALN (Traitement Automatique du Langage Naturel) qui prend en charge le projet. L’équipe travaille sur des méthodes d’analyses de textes robustes adaptables à la diversité des données langagières écrites s’exprimant sur des nouveaux supports communicationnels comme les blogs, les réseaux sociaux, les forums, se couplant à d’autres média ou encore s’exprimant dans des langues différentes.

 

 

L’enjeu pour TALN, qui habituellement travaille sur la simplification des ambiguïtés détectées en modifiant le texte initial, était ici de se concentrer sur l’identification d’anaphores qualifiées de « difficiles”. Cela peut notamment venir du fait que le référent se trouve plusieurs phrases avant le pronom (et non dans la phrase précédente) ou qu’il y a plusieurs référents candidats notamment parmi les personnages principaux du livre. Cette identification des anaphores difficiles était une nouveauté pour le laboratoire et est encore un problème ouvert.

 

Recherches sur l’interface et le « design for all »

L’interface de cet outil doit pouvoir s’adapter à tous les usages et tous les contenus, gommant les difficultés de lecture en organisant le texte automatiquement pour ne pas, par exemple, séparer les mots d’une même rhèse (unité de sens).

 

Pour Grégoire Cliquet, directeur du READI Design Lab, la démarche inclusive du projet est assez rare, l’utilisateur final, donc l’enfant, étant au centre des réflexions et des objectifs. Le concept de “design for all” ou design universel est appliqué. L’objectif est que l’interface de l’application soit utilisable par tous, quels que soient ses capacités, son âge ou sa culture. Il s’agit de ne stigmatiser et de n’exclure personne.

 

Un projet transversal, hybridant sciences et design au profit d’un produit fini

Pour Solenn Quiniou, Maître de conférences à l’Université de Nantes (LS2N), le partenariat école/laboratoire/entreprise rend le projet de recherche atypique et passionnant. En effet, il s’agit de travailler sur un produit fini qui sera commercialisé, et déployé jusqu’à l’utilisateur, avec le soutien d’écoles et de collèges.

 

 

Accompagné par des orthophonistes, la dernière phase de tests visait à évaluer l’interface de manipulation du livre, afin d’en valider son ergonomie et son accessibilité aux dyslexiques.

 

De multiples perspectives de développement

Plusieurs débouchés se présentent pour les différents partenaires d’AmbiDYS :

  • Mobidys concentre actuellement le déploiement de l’application sur des livres du niveau collège pour lesquels la demande des parents est forte. Contrairement au primaire où de nombreux livres adaptés existent, ils sont beaucoup plus rares pour les collégiens. La création d’un consortium incluant un industriel du secteur, pour trouver une application concrète dans la chaîne du livre, est envisagée.
  • Enfin, le LS2N et l’École de design préparent un projet de recherche plus large, en visant tous les apprenants du français (enfants ou adultes) et ainsi les textes étudiés qui ne seront plus uniquement des textes jeunesse.